Parce que le verbe peut modifier un être

La poétesse impubliable

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La poétesse impubliable

La poétesse impubliable

Ce recueil se décompose en deux parties qui s’affrontent plutôt qu’elles ne se suivent, poupées ennemies qui ne racontent qu’une seule et même chose : leur mémoire, contraire d’un amour fauché en deux, le cœur obèse tranché dans l’assiette, avec ses remugles et ses rayons de sang. Ses pompes de joie, aussi.

Upír, voilà le profil sordide et profané de ce cœur et de celui qu’il croyait son jumeau, le rapt du récit intime par un escroc narratif, la lettre au vampire pour lui signifier son démasquage, cette longue traque où la haine renonce un jour à elle-même pour se shooter au pardon absolu.

La Poétesse impubliable, c’est la figure du pardon lui-même, avec ses costumes en peau de fête et ses flonflons ly-riques. Mais qui n’oublie pas de contenir son propre avertissement, pour mieux le relâcher quand viendra la fin.

En somme, ce sont les deux pièces d’une même face.

ISBN : 978-2-9556200-9-0
EAN : 9782955620090

Aurélien Lemant Aurélient Lemant est poète, écrivain et dramaturge. Il est auteur d’essais poétiques sur Philip K. Dick et Maurice G. Dantec, il a publié plusieurs essais littéraires sur les super-héros et une monographie sur Blue Öyster Cult. Il est publié par les Presses Universitaires de France, Aedon ou le Feu Sacré où il devient directeur de collection. Il contribue à différentes revues poétiques. Il est également parolier du groupe québécois Judge Rock, et du crooner Greg Reynaert.

Je n’avais pas besoin de l’attendre.
Puisqu’elle s’attendait en moi.
J’étais donc deux fois.
Dieu me prêtait une deuxième vie, plus grande et plus bleue.
Je n’ai pas su la vivre.

Extrait 1

Quelque chose est resté.
Copeaux d’asphyxie
qui m’entrelardent à toute heure
quand frappent les coups de cloches.
Comme un rendez-vous manqué avec toi,
la moindre demi-heure sonnée est un glaive
qui me tranche les bras
à hauteur des épaules.

Toutes les minutes trente,
certain élan de tachycardie
s’entiche à nouveau de ma poitrine
comme pour signifier
à la machine étourdie
qu’elle est en retard sur elle-même :
elle dépasse sur sa propre mort.

Extrait 2

Un soir de mariage où d’autres s’épousaient pour nous, je fus saisi par les alcools. Il me fallut chanter, et chanter encore, assis parmi les herbages menton vers la nausée : sa poitrine, qu’elle avait immense, sa poitrine plaquait ses rebonds sur les arythmies de mon sang noyé dans le sien, et moi je chantais, et chantais encore, son oreille froide en stéthoscopie contre moi, afin qu’elle m’aide à tromper les écœurements. Je découvris alors que la chanson sauvait de tout, et pas que l’âme mais aussi le corps, panse et vésicule. Je sus que souffler des notes dans le noir remettrait sur pied les comateux et les moribonds. Je chantais pour moi, mais bien plus, je chantais pour elle. J’étais prêt à tous les cantiques pour ces deux mains gantées à mes doigts sans alliance.

20 mars 2020 Le littéraire en parle.