Parce que le verbe peut modifier un être

Au fond de la rade

Au fond de la rade

Valéry Molet

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Au fond de la rade

Au fond de la rade

Il existe un moment où il faut soit se suicider, soit reprendre sa vie en main. Généralement, on oscille entre ces deux alternatives et on appelle cela « vivre » tout court, ce qui est tout bonnement le comble de rien de tout. Mais ce qui est bien avec l’échec, c’est qu’il ne détruit jamais la réussite toujours renaissante.

ISBN : 978-29556200-5-2
EAN : 9782955620052

Il faut être capable de sortir du cycle contre-véritable de la vie quotidienne, alors un miracle s’opère : les passions tristes disparaissent. La liberté n’est plus le contre-jour de la nécessité. Vous sentez renaître en vous la vertu de la jeunesse qui n’a pas d’âge. Le monstre est réhabilité. La vie doit éclater. Il n’y a pas une parcelle de libre pour la consternation, l’envie et les bilans. Tout est démesurément trop petit. Seuls les châteaux de sable ont de la valeur. À la fin de tout, il n’y aura plus de comptabilité. La vie sociale sera perçue comme une vaste galéjade. Les « idées » vous feront vomir. Il ne restera que quelques phrases et les êtres que vous avez aimés. Je vous laisse le soin de choisir entre l’éternité et la réussite. Comme le héros de ce livre, vivez dans un sous-marin, en Bretagne, afin de n’être plus à l’étroit dans notre immensité. Ce gai roman est le récit de la renaissance d’un homme voué aux défaites « parfaites ».

Valéry Molet

Valéry Molet est né en 1968, une contre-année parmi d’autres. Il est historien de formation et ancien élève de l'ENA (promotion Léopold Sédar Senghor). Il exerce des responsabilités depuis une quinzaine d'années dans l'administration des collectivités territoriales et des établissements publics. Il écrit des poèmes pour de nombreuses revues. Il dit qu’il serait prêt à tout sacrifier à la poésie. » Avec une faculté transformer l’ordinaire en mystère, Valéry Molet nous livre, dans ses romans, des récits où vivre redevient une possibilité.

Aux éditions Nouvelle Marge :

  • La séquestration du carbone - 2020
  • Au fond de la rade, roman - 2019
  • Animaux vivants à l’intérieur, recueil de poésie - 2018

Aux éditions de la P’tite Hélène :

  • La pâture des vers, roman - 2017
  • Le sort de l’animal, roman - 2018

Aux éditions de l’Echappée Belle :

  • Le nœud du pendu, recueil de nouvelles - 2018

Aux éditions Ex Aequo :

  • Le crématorium inutile, recueil de poésie - 2017

Aux éditions Sans Escale :

  • Aucune ancre au fond de l’abîme, recueil de poésie - 2019

Extrait 1

À cinquante ans, on est forcément cadastré et clos. D’aucuns diraient immonde. On a beau se raconter des histoires sur ses réussites, c’est l’âge qui veut cela. C’est le moment auquel ce que nous n’avons pas fait prend le pas sur ce que l’on a réussi. Les hypothèses deviennent plus intéressantes et plus blessantes que les réalisations. La mort approche, inquiétante mais soumise. Le suicide est admirable. Les cicatrices n’ont plus aucune espèce d’importance. On peut se donner le change avec la beauté de ses enfants, sa vie professionnelle, sa maison bien aménagée et ses tableaux au mur. Il n’en demeure pas moins que le sentiment de l’échec se répand avec l’ennui long comme les bras d’un cul-de-jatte.

Bauval considérait sa vie comme un précipité d’échecs catastrophiques. Les échecs ont des couleurs très variées. Il y a les échecs absolus pour lesquels aucun mot n’a de sens ; les échecs relatifs qui donnent le sentiment que le succès est à portée de main ; les échecs singeant les réussites qui forment le carcan de la plupart des vies et les échecs catastrophiques au bout desquels brillent des lueurs d’espoir que jamais on n’atteint. Bauval avait décidé, après de longs mois de réflexion, que, puisqu’il en était ainsi, il était préférable de changer du tout au tout. Comme il avait un peu d’épargne, comme ses enfants étaient grands, comme sa femme ne l’aimait plus, il avait eu l’idée pathétique de bouleverser sa vie : une autre manière de s’ouvrir les veines. Son monde ancien avait disparu comme une baleine trop lourde. Il n’y avait plus aucun théorème de Pythagore qui valait. La séparation d’avec sa femme avait tout fait sombrer. Ses souvenirs avaient brûlé. La beauté du passé avait expiré avec elle : il n’y avait plus que les relations méchantes avec une nostalgie qui s’embourbait. Sa femme, en le quittant, avait biscuité son cœur caramélisé.

Il avait toujours été fasciné par la mer et les sous-marins. Dans son cerveau, un bruit de tempête et le silence des embruns empruntaient ses canaux électriques. Le mal de mer monopolisait ses neurones. Peut-être était-ce la raison de son vague à l’âme si longtemps reflué mais qui, désormais, prenait l’allure d’un raz-de-marée. Longtemps, il avait hésité à acheter ce sous-marin à deux cent mille euros, puis il avait fini par craquer. Il était entré dans un magasin spécialisé pour se procurer un triton . Ce sous-marin, conçu pour rentrer dans la coque d’un méga-yacht et abriter deux ou trois passagers, disposait d’une autonomie d’un mois ou mille cinq cents milles nautiques à deux nœuds de moyenne. Il pouvait plonger jusqu’à trois cents mètres de profondeur et était capable d’être submergé, sans mouvements, plusieurs mois au fond d’une rade.

Extrait 2

Les tempêtes ont cet avantage d’égailler les touristes. En effet, cela faisait trois semaines que Bauval n’était pas sorti de son sous-marin au fond de la rade de Douarnenez. Ses muscles s’atrophiaient. Il était soit assis, soit recroquevillé. S’il commençait à subir le contrecoup de son inactivité physique, en revanche son esprit n’avait jamais été aussi alerte. L’emprisonnement corporel l’avait soustrait au royaume du conditionnel. Jamais, en dépit des fourmis dans les pieds et les mains, de l’engourdissement qu’il ressentait de plus en plus souvent, il n’avait été aussi libre. Les théologiens avaient, pendant des siècles, théorisé la séparation de l’âme et du corps. Après tout, ils n’étaient pas si bêtes, peut-être qu’il y avait une nécessité drolatique d’échapper, peu ou prou, à ses organes pour atteindre à la sobriété de pensée. Ainsi, alors que le combat contre l’ennui avait été son tracas durant des années, il n’en ressentait presque plus. L’inactivité avait tué ce démon. Les journées s’écoulaient de manière absolument identiques et cette identité circulaire rendait un son si neuf qu’il n’en était pas encore à se préparer à une remontée à la surface.

Extrait 3

Outre sa beauté inqualifiable, elle était d’une agilité mentale étonnante, malgré sa culture approximative. Elle était drôle sans être moqueuse, vive sans être cassante. Néanmoins, Bauval aimait par-dessus tout son caractère hardi. Elle n’approuvait pas seulement le risque, elle en était composée. Sa liberté d’action ne compatissait pas au désir d’autrui. Elle avait quitté des maris et des amants sans sourciller. Elle naviguait seule. Elle buvait et mangeait sans se soucier de l’impression qu’elle laissait. Les impressions qu’on laisse sont les empreintes des faibles. Vivre avec elle, c’était comme être soi-même, sans trace et sans pudeur. Enfin, les mystères disparaissaient. Léon, Anatole et le Ramassis comprirent d’emblée qu’il se passait quelque chose entre ces deux-là. Ils ne se quittèrent pas des yeux. Ils ne parlèrent qu’ensemble. Ils sentirent que le corps de l’un pouvait être remorqué par le corps de l’autre. Ils devinèrent que l’esprit de l’un subsumait l’esprit de l’autre. Ils sentirent qu’il n’y avait plus aucune règle. L’absence de règles était ce qui avoisinait le mieux la définition de la beauté. Nathalie était la plus saine approche de la beauté : le syllogisme coulait de soi.

28 février 2020

Chronique de David L'Epée dans la revue Eléments sur le roman de Valéry Molet : Au fonde de la rade. "La prose de Valéry Molet crépite de trouvailles langagières."

23 janvier 2020

Chronique dans la revue l'Huma sur le roman de Valéry Molet : Au fond de la rade. Sur la renaissance d'un homme.

1er juillet 2019
15 mars 2019 Valéry Molet sera présent au salon du livre de Paris du 15 au 18 mars.
12 mars 2019 Valéry Molet sera présent le 12 mars à partir de 18h à la société des explorateurs au 184 boulevard saint Germain.
7 février 2019 Portrait de Valéry Molet sur Le Télégramme